Service minimum, les réflexions d’un noob trailer…

barefootS’il est une chose que l’on ne peut nier, c’est que le secteur de la chaussure de running, aussi bien route que trail subi actuellement de profondes mutations.

Pendant longtemps, les équipementiers ont cherché à nous convaincre de l’utilité d’un amorti de qualité, volumineux sous le talon, des bienfaits de divers renforts de protection voire de contrôle de la foulée et ses fameux concept de coureurs pronateur ou supinateur.

Mais ça c’était avant!

Car c’est dernières années se dessine une nouvelle approche du Running : le minimalisme et ses divers courants associés.

Runners.frJe ne m’étendrais pas plus sur les différents concept de la course à pied minimaliste et vous conseillerais plutôt la lecture des excellents articles du spécialiste français Fred « le proffesseur » Brossard à lire sur Runners.fr

Étant trailer, je dois reconnaître que pendant longtemps, même si j’observais la mutation qui s’opérait au niveau des chaussures de running routières, j’avais de gros doute quand à la pertinence de l’usage de ce type de basket sur sentiers techniques.

En effet, il est assez dur d’imaginer traverser des pierriers bien saillant en ayant juste une fine épaisseur de gomme sous la voûte plantaire.

De même, j’avais du mal à me faire à l’idée de courir dans des ornières sans un maintien efficace de la cheville.

Pire, avec l’accumulation des kilomètres et la fatigue associée, comment géré les descentes avec un amorti aux abonnés absent?

Entre temps j’ai eu la chance de tester une paire dite de transition, censée faciliter le passage à des grosses chaussures « à l’ancienne » et des baskets fines et légères.

Adipure Gazelle

Cette paire (d’Adipure Gazelle pour ne pas la citer) m’a d’un sens laissé entrevoir les bénéfices de ce qu’une course naturelle pouvait apporté, mais m’a confirmé aussi que j’aurais du mal à envisager courir avec des chaussures de trail « allégées ».

Et pourtant peu à peu, ma pensée a évoluée… Bien aidé je dois dire par le marketing efficace des équipementiers.

Slab Sense

Il faut dire que la mise en avant de l’élite de ma discipline portant des chaussures, pas forcément minimalistes au sens stricte du terme mais reprenant certains des principes de la tendance, donnait matière à réfléchir!

Comme si la chaussure légère pour le trail osait maintenant s’affichait au grand jour. Alors même que des marques historiques mais peut être plus confidentielle quand la semelle épaisse sous le talon était reine commençait à devenir de populaire.

Courir Naturel?À ce moment, si je concédais qu’il était possible de faire un ultra-trail en « minimaliste », je pensais toujours que la course sur sentiers avec ce type de chaussures était réservé à l’élite.

 

Puis peu à peu, ma pensée à continuer d’évoluer et j’ai fini par sauter le pas moi-même…

J’y ai trouvé plusieurs bénéfice que je vais tacher de vous rapporter.

Tout d’abord, s’il est une chose qui peut convaincre de suivre cette voie, c’est bien l’aspect ludique de ce type de chaussure. Je m’explique :

En tant que coureur de sentier, je prend beaucoup de plaisir à profiter de la nature qui m’entoure, c’est d’ailleurs la principale motivation qui m’a poussé à pratiquer cette discipline.

En courant avec des chaussures à tendance minimaliste, le ressenti de sol est largement amélioré alors même qu’une chaussure de trail classique essaye à tout prix de l’annihiler. En ayant perçu cette sensation, par la suite on a l’impression de passer à coté de quelque chose en repassant sur des chaussures plus isolantes.

Je mettrais tout de fois un bémol en ce qui me concerne vis à vis de cet aspect : le ressenti du sol peut à la longue fatiguer la voûte plantaire ce qui restreint l’usage de ces chaussures à des distances raisonnables (pour ce qui me concerne).

On touche d’entrée à l’un des problèmes des chaussures minimalistes sur longues distances, la fatigue dégradant la foulée, les sensations subissent le même revers. Je crois pour ma part que des chaussures classiques s’il ne rétablissent pas la qualité de la pose du pied, l’isolation qu’elles procurent minimisent les mauvaises sensations.

Runnin' up

Deuxième aspect intéressant, l’allègement en protection permet de redécouvrir certaines sensations de chevilles au niveau mobilité et proprioception par exemple. Le gain pour le renforcement de cette articulation ne peut pas être nié. Maintenant, j’aurais un peu le même constat que précédemment, sur de longue distances, la fatigue aidant, les chevilles seront moins réactives et les risques de blessures me semblent maximisés par rapport à une chaussure traditionnelle.

Dernier point que j’aborderais ici : le dynamisme!

La pose (medio-pied pour ma part) permet un travail très intéressant de la phase de propulsion. Mes premières grimpettes ces chaussures minimalistes aux pieds m’ont vraiment bluffées. On sent vraiment bien le travail musculaire nécessaire pour faire du D+, beaucoup plus qu’avec des chaussures plus rigides dont la lourdeur est souvent compensée par les équipementiers par un système destiné à favoriser le dynamisme de la semelle mais bridant le travail musculaire nécessaire. La contre-partie est qu’au niveau tendineux, cela travaille aussi beaucoup plus, spécialement au niveau des tendons d’Achille qui sont sous tension quasiment permanente en montée. Cela est du au fait que le talon ne touche pas le sol durant l’effort de montée et que du coup le pied est en porte à faux. En l’absence d’appui large, toute la tension se répercute sur les tendons d’Achille. Un paramètre à prendre en compte car de nombreux trailers souffrent de tendinites récurrentes à cet endroit.

Minimal is SWAG

Pour toutes ces raisons, si je suis un noob du minimalisme, je suis néanmoins convaincu des apports de ce type de chaussures notamment à l’entrainement : amélioration du dynamisme de la foulée, renforcement des chevilles, travail de pose des pieds, ressenti du sol…

Je reste néanmoins sceptique sur ma capacité personnelle à courir de longues distances avec ce type de chaussures.

D’ailleurs, s’il est un point que je voudrais évoquer : c’est qu’avec le basculement vers le grand public de ce type de chaussures, on ne souligne pas assez que l’on ne passe pas d’une chaussure classique à une chaussure minimaliste du jour au lendemain!

Je crains malheureusement que le coté populaire de la chose se fasse au détriment d’une transition de qualité vers une course plus naturelle, plus minimaliste…

Nike Free 3.0 v3Heureusement, les équipementiers font preuve d’une grande adaptation en modifiant la base même de l’ensemble de leur gamme : abaissement du Drop moyen de leurs chaussures, allègement de certaines parties, flexibilité accrue de la semelle…

Ainsi d’ici quelques temps, les chaussures seront peut-être toutes tournées vers les principes de base du courir naturel, sans toutefois aller dans le minimalisme pur et dur.

Et ça : c’est plutôt une bonne chose ;)

Le minimalisme en trail et ultra-trail plutôt réservé à une élite et le courir naturel son pendant grand public?

Et vous, qu’en pensez-vous?

15 commentaires

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Capsulle (6 années)

Salut Guillaume ! Tout est dit, bravo pour cet article. Il faut noter quand même que les inconvénients cités (fatigue de la voute plantaire et des chevilles) s’atténuent avec le temps et l’entrainement puisque ces parties se musclent progressivement. Le plaisir est décuplé, ça c’est bien vrai !
Tu fais bien aussi de souligner l’importance d’une transition très progressive, c’est l’élément clé d’une adaptation réussie. De nombreuses blessures imputées aux chaussures minimalistes sont le résultat d’un enthousiasme immodéré, difficile à réfréner. Il faut donc rester prudent et ne pas surestimer ses capacités.
Au plaisir de te lire !

    Guillaume (6 années)

    Tu as raison : plaisir est bien le maître mot ;)

Guy BENOIST (6 années)

J’ai fait 3 trails de plus de 20 km et de plus de 1000m de D+ en VFF Spiridon au mois de mai. Traverser un pierrier de caillasses saillantes, aller dans la boue, la neige, l’eau glacée… Ne sont pas des problèmes malgré une feuille de caoutchouc entre ma plante et le sol. Que dire d’autre?

    Guillaume (6 années)

    Salut Guy,
    Je suis adepte du trail long et de l’ultra-trail et mon interrogation provient de la dégradation de la foulée en fin de parcours sur ce type de distance…

Sydoky (6 années)

Bonjour, merci pour cet article qui décrit bien tout ce qu’on ressent en découvrant le minimalisme. J’ai dernièrement couru le trail de Sancerre La Fillette (13,5km et d+320m dans les vignobles) en VFF spyridon. J’ai testé les descentes avec pierriers, ce que je n’ai pas dans ma forêt. Mon erreur, je pense, a été de dévaler trop vite et 3 jours après le syndrome de Morton s’est déclaré au pied gauche… Pour le reste ma transition est faite, ce trail était ma plus longue distance compétition comme pieds nus depuis bientôt deux ans de pratique, donc je prends vraiment mon temps.

    Sydoky (6 années)

    Après consultation médicale, ce n’est pas un névrome de Morton, mais une tendinite que je me suis faite. Mon 3ème orteil gauche a trop bosser sur ce trail.

petit-pied (6 années)

j’ai fais du 11 et 15km à pieds nus… faisable mais après une bonne transition !
pour le « vrai » trail donc à distance plus classic ne sais pas encore mais je ne compte pas en rester là le prochain est un 19km . tout ça sans prétention de vitesse suis pas bien rapide mais pas tout dernier non plus… mais le mode de course n’y est probablement pour rien (ne saurai jamais plus possible de courir autrement maintenant ^_^ )
les plus gdes distances seront pour l’année prochaine on verra si réellement les appuis changent (rq si C le cas je ne m’y lancerai de tte façon pas) à suivre donc.

JP CASTILLO (6 années)

Pour ma part ,pas de trail mais des marathons en saucony hattori (125 g, très très peu d’amorti!) ainsi qu’à l’entraînement + ff bikila Ls sur des sorties courtes de moins d’une heure. Indispensable : transition progressive (1 an, 18 mois ?)si on est déjà coureur avec chaussures amortissantes. En tant que kiné du sport spécialisé en course à pied, je conseille au débutants d’emblée des minimalistes.Quant aux risques d’entorse, je pense qu’ils sont moindres avec une chaussure minimaliste parce que plus basse.
Bonne journée et bonnes courses!

Pingback: Trail et Courir Naturel sont-ils faits pour s’entendre ? | Runners.fr

Julien (6 années)

excellente réflexion !
Je suis persuadé qu’un footing en forêt, sur un terrain un peu souple avec des chaussures minimalistes très légères est un kif que tous les coureurs devraient expérimenter :)

Après tu risques d’y avoir autant de réactions différentes que de coureurs ;)
Je pense que la notion de durée ou distance maximale dépend aussi beaucoup du « niveau de performance » que l’on met. Je peux faire 30km en trail glove dans les bois en sortie longue un peu cool. Mais je ne ferais peut-être pas la même distance en mode « course » à la chasse au chrono.
Par contre je suis persuadé que le travail (proprioception, agilité, efficacité de la pose de pied) sont très vite mis en application en course si on reste sur des chaussures un peu plus « protectrices »

Et attention à ne pas louper une partie de ta conclusion : il faut vraiment prendre son temps, alterner les chaussures pour reposer les pieds, augmenter la distance ou la difficulté du terrain très progressivement.
Une transition sur 1,5 à 2 ans me semble un bon ordre de grandeur…

Green (6 années)

Bon billet! Effectivement, des sensations de sol décuplées, et un travail musculaire bien mieux ressenti (meilleure compréhension de sa technique de course) notamment dans les côtes sont les principales qualités de ce qu’un trailer peut trouver dans une paire de chaussures flexibles, légères, proches du sol (je ne parle pas, volontairement, de chaussures minimalistes). Actuellement chaussé en TNF Hyper Track Guide (modèle femme) qui ne sont pas des minimalistes j’éprouve énormément de plaisir à courir et ne ma lasse pas de relancer sans cesse à l’entraînement (inciter à l’attaque, est peut être le principal défaut de cette paire de running). Au plaisir de te lire dans un nouveau billet.

Joan Roch (6 années)

Après 6 mois de transition vers les Merrell (Trail & Road Glove), j’ai fait de longues courses exigeantes (58km, 7h+, +2500m) sur sentiers, dans la boue, les pierres, etc. sans problème et avec performance au rendez-vous. Le seul truc, c’est de travailler très fort pour que la musculature s’adaptent et que les réflexes suivent.

fabryz (6 années)

Très intéressant !
Pour ma part je suis passé au VFF depuis octobre 2012, d’abord les Bikila LS pour la route puis les Spyridon LS pour les sentiers. Je cours facilement 20km en sentiers avec les Spy et j’avoue que le plaisir est au rdv ! Sentir le sol de cette façon c’est divin. L’impression d’avoir des griffes dans les montées, d’être lèger, cela pourrait en convaincre de chausser des minimalistes.
Mais attention le terme le mieux choisi est progressivité !!!!!!
Pour ma part 27km maxi dans les sentiers et forêt, sans courir après le chrono mais juste pour le plaisir.
Mais j’envisage de faire de plus longues distances :)
Au plaisir de courir

Mario Caron (6 années)

Tout à fait. J’ai 53 ans et le 29 juin dernier j’ai complété le 38 km du XC Trail de St-Donat en VFF Spyridon. Je n’ai vu personne d’autre en VFF.
Quelques coureurs m’ont demandé si ça allait bien les VFF dans ce parcours très technique envahie de boue et de roches. Certainement ça va très bien une fois habitué. Ça m’a pris 1 an.

    Joan Roch (6 années)

    Mario : on s’est croisé plusieurs fois pendant cette course. Je faisais le 58km avec des Road Glove déchirées et j’ai été impressionné de voir plus minimaliste que moi !

    Bravo pour ta course.

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