De retour à Verbier (X-Alpine 2014)

L’an passé mes espoirs de finisher du Trail du Verbier Saint Bernard s’était envolés à Bourg Saint Pierre au beau milieu de la nuit… une grosse baisse de tension, la barrière horaire qui continuais de filer le temps que je reprenne mes esprits… je m’étais juré de revenir pour franchir cette ligne d’arrivée tant fantasmée…

La nouvelle tombe à quelques heures de la course : l’organisation nous fait savoir par SMS le midi du jour précédent que le fameux passage de Catogne et ses plus de 2000m de D+ à encaisser sur une montée ne sera pas emprunté pour des raisons de sécurité liées à la météo… Néanmoins, malgré la modification du parcours on nous promet une course qui restera toujours très alpine avec près de 8000m de D+ pour 110km à parcourir.

À ce moment je ne sais pas trop que penser… Certes, le sommet « zappé » va bien évidement nous simplifier la tache, mais étant donné les raisons qui ont motivé ce choix, à n’en pas douter la météo va être un facteur qui va durcir la course…

Pas vraiment le temps de réfléchir à ses considération : il est l’heure d’aller chercher les dossards ce qui donnera l’occasion de prendre la température village coureur.

Si l’année dernière nous étions 5 à tenter l’aventure (avec Pierre comme seul finisher au bout du compte) ne reste plus que Franck et moi comme rescapés de notre petit groupe à retenter notre chance cette saison. Avec nous : Manu et François venu goûter à leur première expérience avec le Trail de montagne (joli challenge pour une première!).

Les dossards en poche, les sacs contrôlés et un petit tour au village départ fait (avec concours de résistance au Compex Wireless lol) nous rentrons à l’appart préparer les affaires pour le grand départ.

Pour Franck est moi l’heure de départ a été décalée à 05h00 au lieu de 01H00 comme nous l’avions choisi en premier lieu. Le coté positif c’est que cela nous laissera un peu plus de temps pour dormir :P mais un peu moins pour terminer…

La nuit fut courte et en dent de scie, le réveil sonne et Franck et moi quittons nos compères endormis pour descendre dans la nuit noire les quelques minutes de bitume qui séparent notre appart de l’aire de départ.

Une fois mêlés à la foule de trailer sur-motivée par le speaker qui met vraiment tout ce qu’il peut pour réchauffer l’atmosphère, le compte à rebours final arrive très vite…

5… 4… 3… 2… 1… c’est parti!!!

La masse compacte et multicolore s’élance à petite foulée et à lueur de frontale à l’assaut du parcours.

Départ

 

N’ayant pas fait de plan particulier avec Franck avant le départ je me cale au milieu du peloton dans une allure confortable en attendant la première montée. En général notre vitesse globale est sensiblement équivalente sur longues distances et même si nous ne faisons pas la course cote à cote, sauf défaillance de l’un des 2, nous devrions nous croiser plus que fréquemment sur le parcours.

Je ne sais pas si c’est l’excitation d’être de retour sur cette course ou ma forme du jour, mais je me sens plutôt bien en ce début de parcours.

La première montée tend à confirmer cette sensation, mon allure me permettant même de passer quelques coureurs dans ces premiers mètres de D+.

La nuit n’est plus vraiment noire, mais la luminosité encore défaillante oblige à la prudence et garder la frontale allumée vissée à la tête.

Les premiers sentiers sont plutôt facile avec de la terre humide mais peu de passages techniques, une entrée en matière en douceur.

C’est dingue comment je me sens bien, peut-être du au climat frisquet qui me convient mieux que les conditions plus chaudes, espérons que ça dure le plus longtemps possible :P

La descente s’amorce assez vite, limite j’aurais aimé grimpé un peu plus comme l’année dernière, je bascule et c’est parti pour les premiers mètres D- bien relâché.

Sur le haut, le parcours alterne les virages à 180° sur des traces assez larges pour permettre les dépassements en prenant garde aux quelques rétrécissements. À travers les sapins, la luminosité est toujours un peu limite pour se passer de frontale, même si les racines au sol sont peu nombreuses. Le sol, quant à lui est composé de terre humide mais très peu glissante : souple et agréable pour les appuis.

Peu à peu le plafond de sapin s’ouvre au dessus de ma tête et laisse place au ciel en même temps que la pente s’amenuise.

Le parcours s’aplanit et j’arrive à la hauteur d’un coureur du relais d’origine helvétique. Très sympa, la conversation avec lui s’entame naturellement, c’est vraiment un coté agréable de ces courses qui sont souvent l’occasion de belles rencontres éphémères.

Nos chemins finissent par se séparer avant le ravitaillement, son rythme étant légèrement supérieur au miens et ma stratégie est plutôt orientée « prudence ».

Je continue donc mon petit bonhomme de chemin seul en direction de Sembrancher, lieu du premier ravitaillement.

J’y arrive très vite, après quelques bouts de sentiers champêtres, un passage de torrent et quelques encablures d’asphalte.

Mon compagnon d’il y a quelques km me salue au moment ou j’arrive avant de repartir ^_^

De mon coté, un coup d’œil rapide sur le niveau de liquide me permet de me rendre compte que j’avais mal vissé mon bidon contenant l’iso (oups!).

Je refait donc un plein et profite pour prendre quelques biscuits salés sur les tables au passage ainsi qu’un ou deux quartiers d’orange pour en extirper le jus.

Je ne reste pas plus longtemps : inutile de s’éterniser ici, j’aurai tout à loisir de profiter des suivants pour cela.

Je sors du village et après un virage attaque directement la montée suivante.

Plutôt pentue, dans les sous-bois sur le bas, la pente se réduit par la suite en même temps que les arbres se font moins présent.

La luminosité m’a fait abandonner la frontale depuis belle lurette (avant même le ravitaillement) mais les nuages masquent pas mal le panorama qui m’entoure, difficile de profiter du paysage…

Au niveau des sensations c’est toujours aussi bien alors autant ne pas trop se prendre la tête :)

De Sembrancher à Champex Lac, le temps s’écoule rapidement, calé dans une allure confortable, j’ai l’impression d’arriver au ravito suivant relativement vite sans trop forcer.

Champex

Juste avant de pénétrer dans la chaleur des tentes disposés à cet effet nous avons droit à un joli petit tour le long du lac, plutôt sympathique bien que bitumé, la brume recouvre malheureusement presque totalement le village ce qui empêche d’apprécier le panorama à sa juste valeur…

Arrivé sous les tonnelles je m’empresse de compléter le niveau des gourdes et de vérifier que les fuites constatées lors du ravito précédent résultaient bien d’une mauvaise fermeture du bidon (ouf ça rassure!). Le temps de déguster une poignée de biscuits salés et je repars sur les sentier avec comme prochain objectif le premier gros morceau de la course.

Après une petite portion plane voire légèrement descendante le ciel s’ouvre légèrement.

La brume provisoirement dissipée j’attaque la première partie de la montée vers la cabane d’Orny.

Ce tronçon nous force à débuter l’ascension en sous-bois et je prend de pleine face l’air se réchauffant et chargé en humidité. Du coup j’en viens rapidement à regretter la fraîcheur du climat d’il y a quelques heures sans baisser les bras pour autant.

J’essaie de trouver une allure supportable et régulière pour monter en attendant d’avoir de meilleures sensations. J’évite aussi de réfléchir à la suite de l’ascension car celle-ci risque de me prendre un bon bout de temps. J’espère reprendre du poil de la bête avant d’atteindre le sommet!

À ma décharge, la montée commence plutôt raide, je retrouve mes sensations en même temps que l’environnement se fait de moins en moins forestier, et de plus en plus minéral.

La pente fini par vraiment s’aplanir (provisoirement je vous rassure) et le fait de trottiner à nouveau sous un ciel alternant nuages entrecoupés de rares éclaircies me redonne un peu de peps.

Il faudrait être difficile pour ne pas apprécier le passage, même si les alentours sont masqués par les masses nuageuses.

Pente

C’est à flanc de montagne sur un sentier très rocailleux faisant penser à une corniche qui se présente devant moi. J’alterne trot et escalade sur de gros blocs rocheux entravant ma progression.

J’avoue prendre un pied énorme sur cette partie, comme si les mauvaises sensations ressenties il y a peu n’étaient plus qu’un lointain souvenir.

Après plusieurs virages successifs, je débouche sur un gigantesque champs de pierre. Il y en a de toutes les tailles, mais ce sont surtout les plus volumineuses qui attirent mon regard.

Le parcours n’est pas tracé précisément comme si l’équipe en charge du balisage avait voulu nous laissé le choix de la trace à emprunter en fonction des goûts de chacun. Un pure régal pour peu que l’on fasse abstraction de la technicité de la chose et de la pente qui se raidit de plus belle. Ce passage achevé, se dresse là devant une joli crête menant à la cabane d’Orny qui me semble si loin malgré le peu que je devine à travers la brume.

C’est la même crête qui sert d’accès et de sortie au prochain ravito et c’est donc avec les encouragements des coureurs repus par le ravito que j’entreprends l’ascension vers celui-ci.

J’évite de trop regarder en haut et me concentre d’avantage sur mon allure cadencée.

Quel bonheur de poser le pied au sommet d’Orny, je rentre dans la cabane chauffée par un feu de bois accueillant et décide de m’accorder une petite pause méridienne bien méritée après presque 6h30 de course.

Je refais le plein des bidons vite fait bien fait, reconditionne le sac rapidement et change de chaussette après m’être enduit les pieds de nok pour le confort, tout ça pour avoir l’esprit libre et me poser un petit peu ensuite.

Je profite d’un bon repas, bien assis et au chaud. Un petit verre de coca et des biscuits salés, puis j’enchaine sur le saucisson sec, le fromage, une grosse tranche de pain de campagne et un bol de bouillon agrémenté de vermicelle. La pause salvatrice me fait autant de bien au corps qu’à la tête.

Je me remotive ensuite pour repartir, enfile la veste imper pour ne pas prendre de coup de froid au moment de quitter la chaleur de la cabane, le sac sur le dos et en route vers le prochain point de chute : La Fouly!

Je sors du refuge au moment où mon ami Franck met un pied au sommet, je suis ravi de voir qu’il va bien et qu’il mène son petit bonhomme de chemin sur la course. Je le quitte après avoir échangé quelques mots d’encouragements et nous nous donnons rendez-vous à La Fouly dans quelques heures.

Ce que j’ai monté pour arriver ici, il faut maintenant le redescendre : le tronçon suivant représente presque 1400m de D+ non-stop sur 5-6km c’est dire que ça ne va pas être de tout repos.

Descente

Après avoir emprunter à nouveau la crête mais en sens inverse cette fois, un virage nous emmène sur le versant opposé à celui que nous avons gravi.

La caillasse se dérobant sous mes pieds à intervalle régulier m’empêche de descendre aussi détendu que je ne le voudrait. Au fur et à mesure que l’altitude diminue, les températures se font de plus en plus chaudes et je quitte bientôt ma veste devenue étouffante.

Sur le sentier, les pierres laissent place à la terre, mais celle-ci est tellement grasse que les appuis sont parfois encore moins francs que dans les pierriers précédents.

J’essaie de conserver une petite allure certes pas très rapide mais la plus constante possible. Certains passages plus périlleux forcent néanmoins à la marche par sécurité.

J’ai presque atteint l’altitude basse de ce secteur, la température a franchi un cap supérieur et l’humidité de l’air le rend étouffant.

Si j’avais détesté le tronçon qui nous menait à La Fouly sur l’édition 2013, j’ai vraiment haï le secteur Saleinaz->La Fouly de cette année…

Si le passage le long du torrent sur des sentiers boueux coupés par moment par de gros blocs rocheux m’était encore supportable abstraction faites de mes nombreuses chutes aussi stressantes que difficiles à supporter niveau mental. La longue ascension vers La Fouly à travers la forêt, bien que ne présentant pas de difficulté particulière, fut particulièrement éprouvante pour moi…

Je pense que contrairement à bon nombre des coureurs à proximité de moi à ce moment, j’ai été le seul à voir la pluie arriver comme la fin de mes mauvaises sensations.

Je n’ai même pas pris le temps d’enfiler mon imper tellement cette averse ma fait du bien (un comble!), j’ai préféré en optimiser le bénéfice pour reprendre un rythme correct jusqu’à La Fouly.

L’averse passée j’arrive au camp de base de La Fouly peu avant les 10h de course. C’est un gros ravitaillement, cela va me faire du bien car je me sens en manque de sel.

Avant même de penser à refaire le plein, je me jette donc sur le bouillon et autres charcuteries histoire de combler au plus vite ce manque.

Je me pose ensuite à une table, et déguste calmement mon repas, après avoir branché mon GPS sur batterie externe histoire de ne plus avoir à m’en soucier du reste de la course.

BeFunky_null_2sum.jpg

Franck arrive à ce moment, il a l’air bien en jambe contrairement à moi dans la partie qui vient de s’achever.

Sa présence me rassure, je suis content de le voir ainsi ^_^

On mange en discutant un peu, puis je refais mon stock d »eau, d’iso et me remet une nouvelle paire de chaussette aux pieds ce qui me permet de tirer un trait sur le secteur boueux qui vient de s’achever et de repartir avec un train de pneu « quasi neuf ».

Je me sens mieux et me sens maintenant de repartir. Franck préfère rester encore un peu alors je lui dit une nouvelle fois « à tout à l’heure » sûr de le revoir au col du Grand Saint Bernard.

Je me remet donc en route, trottinant juste un tout petit peu en sorti de ravitaillement histoire de me remettre en jambe avant d’attaquer la montée suivante.

Me voici au pied de celle-ci et elle est parfaitement identique à mes souvenirs.

Je me cale dans un rythme régulier et c’est parti pour l’ascension de l’alpage.

Les nombreux lacets ne me dérangent guère et malgré la température qui est remontée une fois de plus à la faveur d’une éclaircie je me sens plutôt bien.

Le dernier lacet arrive et c’est maintenant droit dans la pente que se termine cette partie.

Depuis que j’ai quitté La Fouly, les averses se succèdent de telle sorte qu’il fasse sans arrêt jongler avec la veste et le sac pour ne pas être trop mouillé ni avoir trop chaud.

À la rigueur je préférerais qu’il pleuve en continue plutôt que ces averses ne rafraîchissant que très peu l’atmosphère.

Par la suite, cela rebascule sur le coté de la pente pour une petite partie en faux-plat descendant à travers l’alpage.

Ce passage qui pourrait permettre de se reposer avant d’attaquer le gros de l’ascension vers le col de la Fenêtre est au contraire très difficile, la pluie a fait son travail et la boue rend impossible le moindre appuis stable.

Un passage à travers un groupe de vaches en balade accompagnées de leur éleveurs et nous voici dans l’ascension du Col de la Fenêtre.

La pluie tombe maintenant en continue et je ne quitterai plus ma veste avant un bon moment je pense.

Mon rythme n’est peut être pas très élevé, mais j’arrive toujours comme depuis le début de la course à grignoter l’avance voire passer des coureurs que j’aperçoit devant moi ce qui est plutôt bon signe!

Les points de vue sur les contrebas me laissent entrevoir Franck à quelques encablures, nous nous verrons donc bien au Grand Saint Bernard : top!

La neige fait maintenant son apparition au sol et le vent se lève au moment où je reviens à la hauteur de Sylvie.

J’enfile les gants et le buff et nous nous mettons naturellement à discuter en poursuivant l’ascension.

Encore un moment sympa de la course qui tranche vraiment avec les conditions dantesques (températures glaciales, vent, pluie, brouillard) que nous sommes en train d’affronter, nous restons un petit moment ensemble, mais nos allures respectives bien que peu différentes suffisent à nous séparer avant l’arrivée au Grand Saint Bernard.

J’entame la descente seul mais sachant Sylvie à seulement quelques encablures derrière et Franck dans son sillage.

Je me rassure à l’idée de revoir tout le monde au prochain ravito et pourquoi pas repartir ensemble!

Celui-ci arrive très vite après une dernière petite montée, mais malheureusement les conditions se sont encore durcies…

Le vent souffle tellement que beaucoup accusent le coup et peinent à se réchauffer sous d’imposantes couvertures militaires.

Sylvie me dit qu’elle à froid et une fois ses bidons remis à niveau repart illico me donnant rdv à Bours Saint Pierre.

De mon coté je profite d’un peu de repos avec Franck, nous ne repartons un peu plus tard après avoir fait un bon plein et laissé un peu les jambes au repos.

Après un léger plat histoire de nous permettre de trotter un peu pour nous réchauffer (vent et froid redoublent d’intensité), un virage à gauche nous amène sur l’ascension du Col des Chevaux.

Franck et moi avons été rejoint par un petit groupe parti en même temps que nous du ravitaillement précédent et notre cohorte part à l’assaut des gros blocs rocheux avec moi en tête en guise d’éclaireur.

J’entraîne Franck dans ma roue ce qui n’est pas vraiment le cas du reste du groupe fraîchement formé qui se disloque au rythme des à coup engendré par une progression qui tient plus par moment de l’escalade que de la course à pied.

La progression à beau être lente, nous atteignons tout de même rapidement le sommet, mais pas le temps d’apprécier un quelconque panorama, le ciel complètement obstrué et les conditions climatiques difficiles ne poussent pas à la contemplation…

Je bascule donc sur la descente avec Franck sans perdre de temps.

Si la montée s’est faite à allure très irrégulière, il en va de même pour la descente mélangeant pierriers et passage de névés particulièrement glissants…

J’en ai fait les frais plusieurs fois, heureusement avec peu de conséquence hormis le bas complètement trempé…

Pas vraiment en confiance sur ce passage, j’aspire à retrouver des sentiers un peu moins techniques.

Il faut encore patienter un peu, mais mon vœux fini par être exaucé! Après la Combe de Drône Neige et glace qui occupaient une bonne part de nos traces se transforment progressivement en filets d’eau dévalant la pente. Il nous faut maintenant franchir ces nouveaux obstacles qui grossissent au fil de la descente se rejoignant les uns aux autres pour former un ruissellement à chaque fois plus large et nécessitant un temps de réflexion supplémentaire pour le passer sans trop se mouiller.

Mine de rien ça occupe l’esprit et le temps file sans que je m’en rende compte. J’alterne avec Franck pour mener notre binôme; nous nous sommes définitivement éloignés des quelques coureurs qui nous accompagnaient encore avant les premiers passages dans la glace plus haut.

Nous passons ce qui sera le dernier passage de guet avant que la luminosité ne pose problème pour anticiper les franchissements.

Petite pause pour remettre les frontales sur la tête et je repars avec Franck en direction du sentier longeant le torrent qui nous mènera à Bours Saint Pierre. Heureusement que j’ai de bon souvenir de l’édition précédente, je ne m’attends pas à y arriver rapidement. En effet, comme dans mes souvenirs de nombreuses montées et descentes pas vraiment raides mais suffisantes pour casser le rythme de nos progressions vont émailler notre parcours jusqu’au prochain ravitaillement. La nuit noire et glacée, ainsi qu’un brouillard très épais nous empêche d’anticiper sur les balises devant nous.

À bien des moments il faut se poser et réfléchir à la bonne trace à suivre… Le terrain est moyennement technique alternant terre humide et herbe, mais la visibilité se limite parfois à quelques mètres devant nous.

Au bout d’un moment, le village est en vue, nous surplombant de ces lumières. Une petite grimpette vite fait et me voilà trottinant derrière Franck sur l’asphalte à la lueur des lampadaires sachant le ravitaillement imminent.

Un coup d’œil à la montre pour se rassurer : le timing est plutôt pas mal!

Nous avons un petit peu de temps devant nous pour reprendre des forces et nous préparer à affronter le gros de la nuit!

Je récupère mon sac de transit, commence par me changer avec des habits sec pour ne pas prendre de coup de froid. Un nouveau collant remplace le 3/4, des chaussettes propres pour oublier les baskets détrempées de boue et un maillot manche longue tout sec sur les épaules, je reconditionne ensuite tout le matériel nécessaire à la suite de la course. Un remplissage des bidons, plus tard et je profite de l’endroit pour faire un bon repas à base de pâtes, pain de campagne tranché bien épais et saucisson sec que je prend plaisir à manger à chaque ravitaillement.

Repas Bourg St Pierre

C’est à ce moment que Sylvie vient vers moi, elle était déjà dans la salle mais je ne l’avais pas vu. Elle me confie malheureusement que la course est finie pour elle pour raison médicale : le froid lui a fait beaucoup de mal… Je suis un peu déçu que cela se termine pour elle ici comme pour moi l’année dernière… Loin d’être abattue par la chose elle me transmet l’énergie positive qui lui reste sous forme d’encouragement avant de s’éclipser…

Franck et moi avons décidé de repartir ensemble du ravitaillement, un petit tour au toilette et nous reprenons notre route côte à côte direction Cabane de Mille!

C’est plus sécurisant de repartir ensemble ne sachant pas vraiment ce qui nous attends par la suite!

Bonne surprise, cela commence plutôt tranquillement avec une montée sur bitume qui se raidit par moment, mais évite la perte d’énergie supplémentaire qu’aurai engendré un terrain technique.

Pour se remettre en route après une longue pause c’est top, et Franck à l’air d’avoir plus de jambe que moi sur cette montée, je le laisse donc naturellement partir lui donnant rendez-vous à la Cabane de Mille dans quelques heures.

La course va être encore longue, et je préfère le laisser partir en restant à mon rythme de confort plutôt que risquer de hausser l’allure et de craquer par la suite.

Malgré tout, même de retour sur les sentiers, j’apercevrais encore sa frontale un bon bout de temps, ce qui me rassure au passage, nos allures ne différant pas tant que ça!

Je continue de doubler des concurrents le tempo semble donc encore assez bon. On nous avais prévenu que l’abandon n’était pas possible au niveau de la Cabane de Mille, avec Franck on ne s’était pas vraiment posé la question, mais sur la montée je croise des coureurs qui étaient devant et qui ont rebroussé chemin ce qui en dit long sur les difficultés à venir.

J’essaie de me focaliser sur le positif de ma situation : les sensations sont encore à peu près bonne, je double toujours des coureurs comme depuis le début de la course, même si au fond gagner des places au classement m’importe peu, je prend ça pour un signe positif vis à vis de mon état de forme.

La montée dure vraiment très longtemps, à ma décharge la brume empêche tout repère visuel, mais à la faveur d’une clairière le balisage m’envoie sur un plat amenant à un autre versant de la montagne… Bizarre… Seul en plein milieu de nulle-part avec une visibilité très mauvaises, je n’ai pas d’autre choix que de faire confiance à la rubalise aperçue.

Cela à beau être plat : la boue omniprésente provoque de nombreuses glissades et je suis régulièrement à 2 doigts de la chute. J’ai beau regarder au loin : personne ni devant ni derrière…

Heureusement pour moi, un accalmie me permet d’entrevoir des frontales au loin que je finis par rattraper. Intrigué par le fait de ne plus monter sans avoir atteint la cabane, je pose la question au coureur que je passe. Il me confirme l’endroit approximatif sur le profil imprimé sur mon dossard. Je bégaye quelques mots de remerciement en anglais à ce coureur d’outre-manche avant de reprendre ma progression. Rassuré même si cela veut dire que je suis loin d’en avoir fini avec cette ascension je grimpe maintenant d’un pas franc quand, tout à coup, j’aperçois cette fameuse Cabane de Mille au dessus de moi à Flanc de montagne. Le ballet des frontales disparaissant ne me laisse aucun doute c’est bien là. La mauvaise nouvelle c’est qu’elle à l’air très très loin de moi… Mais, finalement j’y arrive assez vite au delà même de toutes mes espérances.

J’entre dans le refuge, accueilli par une bonne odeur de poêle à bois et le sourire de Franck arrivé un peu plus tôt.

Installé sur une chaise, il fait sécher ses affaires en mangeant. Je fais le plein des bidons, et m’installe à coté de lui pour déguster 2 ou 3 choses piochées au passage.

Nous prenons le temps de nous poser et discuter un petit moment sur le passage que nous venons d’achever. Et après cet échange de ressenti à chaud, nous nous décidons à repartir ensemble en direction de Lourtier.

Nous quittons à regret la chaleur de la Cabane de Mille pour la descente vers le prochain ravito qui risque de durer un petit moment et d’être plutôt éprouvante (presque 1500m de D-).

Le début de la descente est comme on le craignait : la boue rend les appuis incertains et de nombreuses chutes viennent atténuer le plaisir de progresser…

Nous alternons en tête de notre binôme comme plus tôt dans la course pour éviter que cela soit toujours au même de réfléchir à la trace à suivre.

Il faut dire qu’il y a l’embarra du choix question trajectoire, même si l’impression qui prédomine c’est qu’il n’y a pas de passage permettant les appuis stables que l’on voudrait.

Cette descente dure énormément de temps, le ciel s’éclaire peu à peu et nous en sommes toujours à alterner les gauche/droite pour casser le plus possible la pente qui semble se dérouler presque indéfiniment sous nos pieds.

Quelques passages dans la pierre à enjamber des petits ruisseaux d’eau vive casse un peu la lassitude qui s’installe à surveiller le sol qui menace de se dérober sous les crampons régulièrement.

Plus la luminosité augmente, plus le parcours devient forestier. Moi qui espérait que cela me simplifie la tache, bien au contraire : en plus de la boue glissante, il faut maintenant compter avec les racines et les pierres.

Je fais le yoyo avec Franck tantôt pile dans sa trace, tantôt en point de mire à 2 ou 3 virages de moi. Le jour qui se lève semble lui faire du bien contrairement à moi qui commence à coincer du genou gauche. Celui-ci me freine sur certains appuis, ressentant une tension quand je sollicite trop cette articulation.

Malgré tout mon ami n’est jamais très loin en avant et à vrai dire sa présence me rassure, et au fond je suis content de pouvoir partager ces moments avec lui.

Les heures se sont accumulés en même temps que les kilomètres et au moment où je reviens à la hauteur de mon compagnon, j’ai soudain des absences, comme si la fatigue commençait à me rattraper; vous savez comme quand on regarde la télé et que la tête bascule en avant le temps d’un assoupissement express. Par prudence, je choisi de marcher un peu donnant une fois de plus rendez-vous à Franck au ravito suivant. Mais il est pas mal fatigué lui aussi et fini par adopter la même allure que moi.

C’est donc en alternant marche et trot très lent que nous apercevons désormais le village de Lourtier en contrebas.

Les discussions vont bon train concernant la suite du parcours, nous essayons de repérer où se dirigent les coureurs sortant du ravito, mais à vrai dire ils sont tellement peu nombreux que nous n’arriveront pas à anticiper sur ce que sera la suite.

Un petit bout de bitume plus tard et nous pénétrons dans l’avant dernier camp de base. Situé dans un bâtiment en périphérie du village, on n’y voit pas grand monde hormis les bénévoles… Seul un couple nous précédent, mais ils ont l’air sur le point de jeter l’éponge.

De notre coté, la fin de course en point de mire, nous essayons d’optimiser au mieux ce temps d’arrêt.

Après la traditionnelle mise à niveau des liquides je prends quelques biscuits salés et autres cochonnailles pour me remplir rapidement l’estomac qui criait famine depuis un petit moment maintenant.

Le temps de boucler les affaires et de changer de chaussette je suis prêt à partir. Suivi par Franck nous repartons après avoir remercié nos hôtes comme à chaque fois.

Un petit virage et nous apercevons dans la pente un coureur qui après avoir fait un arrêt éclair au ravito et reparti devant nous.

La dernière montée on s’était dit!

Elle commence bien raide, il faut dire qu’avec 1200m de D+ à faire pour 5km, on se doutait un peu qu’atteindre La Chaux ne serait pas une partie de plaisir lol

Je suis à l’avant de notre binôme et c’est à moi qu’incombe de donner la cadence de notre ascension. J’essaie d’adopter un pas régulier à défaut d’être rapide, Franck est juste derrière moi exactement dans le même rythme.

La brume et l’épaisse forêt empêche tout point de vue, il n’y a guère que le coté gauche qui est observable mais on aperçoit seulement un torrent d’eau coulant bruyamment du fait de la raideur de la pente.

Arrivé au bout de la première ligne droite nous rattrapons le coureur qui était devant nous et le passons sans forcer malgré notre allure réduite.

Par la suite, la vue est encore moins dégagé et c’est un enchaînement de virage sans fin qui nous attend.

Toujours devant, je recule au plus possible le moment de jeter un coup d’œil à l’altimètre pour ne pas me démoraliser si l’ascension ne se ferait pas aussi vite que ce que j’imaginais.

La gêne au genou gauche est de plus en plus présente, il devient difficile de lever les jambes quand il faut gravir les gros blocs de granit qui obstruent de temps en temps le sentier de terre pour le moins étroit qui nous sert à monter.

Nous nous accordons de nombreuses pauses pour récupérer, Franck à l’air d’être dans le même état que moi et me laisse encore un peu mener notre progression le temps qu’il récupère et prenne le relais.

Un coureur qui a un rythme largement au notre profite d’une de nos pause pour nous passer, ainsi que celui passé plus tôt qu’il a emmené avec lui.

Contrairement au plus rapide, ce dernier restera un bon moment à portée de nous, sans que nous puissions le rattraper.

Je jette enfin un coup d’œil à l’alti, je dois dire que c’est pas mal, il nous reste un bon tiers, mais la fatigue de plus en plus présente me fait dire que la suite ne va pas être une partie de plaisir.

Au bout d’un bon moment la vue se dégage et, malgré le brouillard, nous pouvons anticiper sur la suite grâce à notre prédécesseur qui commence vraiment à être à la limite du visible.

C’est au tour de Franck de prendre la tête du groupe et je dois dire que je suis bien content de me reposer sur lui en cette fin de montée.

Car, si nous trouvions déjà la pente raide le passage à proximité de la croix offre sans doute un pourcentage encore plus impressionnant.

Mais au bout de quelques dizaines de minutes et gros efforts qui vont avec, surprise : La trace nous fait redescendre!!!

Je suis vraiment très content à ce moment, pensant à la descente finale, l’arrivée et la délivrance qui l’accompagne.

Bizarrement, la descente est très rapide à mon goût, et après un petit moment où le sentier est presque plat à flanc de montagne, c’est une nouvelle montée qui se présente à nous…

J’ai comme la mauvaise impression que la surprise n’en était pas une et que la montée n’était pas terminée.

Passé de l’autre coté, mon impression se confirme et nous voyons maintenant l’endroit où il va falloir se diriger, à proximité d’un téléphérique…

L’amertume passée, je positive en pensant au ravitaillement qui nous attends, qui même si il ne va pas falloir traîner pour espérer rester dans les temps va nous offrir un petit temps mort bien appréciable.

Je ne croyais pas si bien dire quand, à l’approche de celui-ci, 2 gentilles bénévoles nous font le plaisir de nous accompagner en marchant sur les 500 derniers mètres nous séparant du ravito.

Sur place, celles-ci se mettent en quatre pour nous offrir un accueil digne d’un 5 étoiles.

J’ai juste à mettre mes pieds sous la table à coté du feu pendant que ma charmante hôtesse me prépare de quoi me restaurer et me refait le plein des bidons.

Ces petites attentions me font beaucoup de bien en cette fin de course où la fatigue a atteint son paroxysme et c’est le sourire au lèvres que je repars avec Franck du camp de base, non sans avoir remercier nos gentilles bénévoles.

La dernière descente!!!

Après un petit brin de mono-trace vraiment très étroit (on dirait plus une saignée faite dans la terre) nous revoilà dans les sous-bois. Courant sur de l’humus soulageant tantôt les articulations par sa mollesse et remettant la pression à d’autre moment suite à de petites glissades dues à l’humidité du sol.

Des signaleurs redescendant eux-aussi nous accompagnent et nous encouragent. Franck et moi savons maintenant que nous sommes à quelques dizaines de minutes de passer cet ligne tant fantasmée au cours de notre aventure. Ainsi même si la fatigue accumulée commence à peser, nous trottinons de manière détendue. Les douleurs de chacun toujours présentes, mais de plus en plus supportables au fil de l’approche de la fin de notre aventure.

Soudain, le point de vue s’ouvre sur Verbier : nous y sommes presque!

Quelques virages plus tard et quelques hectomètres dans les rues de la station et nous voilà sur l’aire d’arrivée sous les applaudissements et les cris d’encouragement du public présent en masse autour de la ligne (le privilège d’arriver pendant la remise des prix au vainqueurs arrivés bien avant nous lol).

Arrivée

Une petite photo souvenir, une bonne accolade à mon pote avec qui j’ai une fois de plus tant partagé et nous voilà tous 2 finisher de la X-Alpine 2014!

Laisser un Commentaire